Nous sommes des scientifiques belges.

Nous avons le titre de Professeur ou celui de Professeur émérite, et nous sommes issus de diverses universités. Ensemble, nous couvrons plusieurs domaine de la science : biologie, chimie, géologie, mais également physique et mathématiques. 

Nous expliquons les théories scientifiques les plus véhiculées dans les médias et combattons les idées reçues.

Aucune théorie n'est parfaite et notre but est de présenter les limites de ces théories.

Le CO2 belge : que représente-il vraiment ?

(Source: https://www.science-climat-energie.be)

Cet article s'inscrit dans le cadre de l'activité actuelle médiatique tout azimut en Belgique, notamment relayée par les marches hebdomadaires des étudiants pour le climat.

Comme vous le savez peut-être il a été démontré dans plusieurs articles que l'hypothèse de l'effet de serre radiatif ne tient pas la route et n'explique pas le léger réchauffement actuel de la basse atmosphère.

Les fins connaisseurs savent également qu'il existe de nombreuses publications scientifiques remettant en cause l'hypothèse de l'effet de serre radiatif (plus de 500 publications rien que pour 2018), toutes écrites par des physiciens, des chimistes, des géologues ou des climatologues.

Si cette somme d'évidences vous a convaincu, le GIEC aurait alors tort sur toute la ligne et le CO2 d'origine anthropique n'aurait aucun rôle majeur déterminant la température de la basse troposphère.

Cependant, admettons un instant que vous ne soyez pas convaincu et admettons donc que le GIEC ait raison.

Tout ce qui est écrit dans son dernier rapport spécial devrait alors être vrai...

Quelle serait alors la part de la Belgique dans le réchauffement?

1. La température du futur selon le dernier rapport du GIEC

Commençons par le dernier "rapport spécial du GIEC"[1]. Ce rapport est intitulé "Global warming of 1.5°C" et a été publié fin 2018. Comme tout bon rapport du GIEC, celui-ci commence par un résumé pour décideurs (SPM) faisant 30 pages. Le résumé SPM commence par une phrase très claire, en page 6 au point A.1. Voici sa traduction :

"On estime que les activités humaines ont provoqué un réchauffement global d'approximativement 1,0°C par rapport au niveau pré-industriel, avec une gamme possible de 0,8°C à 1,2°C. Le réchauffement global atteindra certainement 1,5°C entre 2030 and 2052 si le rythme actuel est maintenu (confiance élevée) (Figure SPM.1)."

Pour bien comprendre il suffit de consulter la Figure 1 ci-dessous, reprenant la Figure SPM.1 du GIEC.

Par rapport à 1850-1900, la température actuelle est de 1°C plus élevée. Si l'on ne fait rien, la température moyenne globale en 2040 serait de 0.5°C plus élevée par rapport à aujourd'hui (ligne orange en pointillés).

Oui, vous avez bien lu, seulement +0.5°C dans 21 ans par rapport à aujourd'hui si l'on ne fait rien.

Disons-le tout de suite, si la prédiction du GIEC est vraie, l'accroissement de température est tellement faible que personne ne s'en rendra compte... Mais poursuivons.

Figure 1. Extrait de la Figure SPM.1 du résumé pour décideurs (SPM) du rapport spécial publié par le GIEC fin 2018. Cette figure se trouve en page 8 du rapport du GIEC.

2. La cause de l'augmentation de température

Comme vous le savez, puisque les médias en parlent sans cesse, l'augmentation de 0,5°C serait uniquement causée par les émissions humaines de gaz à effet de serre, particulièrement le CO2. Cependant, le GIEC ne semble pas si catégorique : le point A.2 du SPM nous dit :

A.2 (page 7). "Le réchauffement causé par les émissions anthropiques depuis la période pré-industrielle jusqu'à aujourd'hui persistera pendant des siècles voire des millénaires et continuera à causer des changements à long terme dans le système climatique, comme la montée du niveau marin, avec ses impacts associés (confiance élevée), mais il est improbable que ces émissions seules puissent causer un réchauffement global de 1,5°C(confiance moyenne) (Figure SPM.1)."

A.2.1 (page 7). "Les émissions anthropiques (incluant les gaz à effet de serre, les aérosols et leurs précurseurs) jusqu'à aujourd'hui ne causeront probablement pas un réchauffement supplémentaire de plus de 0,5°C au cours des prochaines décennies (confiance élevée) ou sur une échelle de temps de l'ordre du siècle (confiance moyenne)."

A.2.2 (page 7). "En atteignant puis en maintenant des émissions anthropiques globales de CO2 proches de zéro, tout en diminuant le forçage radiatif net non causé par le CO2, aurait pour effet de cesser le réchauffement global anthropique sur une échelle multi-décennale (confiance élevée)."

Le GIEC reconnaît donc au point A.2 que les émissions humaines ne seraient pas la seule cause du réchauffement global. Incroyable mais vrai! Au point A.2.1, le GIEC nous dit aussi que le réchauffement ne s'emballera pas.

Ceci est d'ailleurs très clair sur la Figure 1 : un plateau est atteint en 2040, voire 2060, et la température obtenue est stable. Dans le pire des cas nous obtenons une température moyenne globale de seulement 1°C plus élevée par rapport à aujourd'hui. Finalement, au point A.2.2, le GIEC nous dit qu'en arrêtant d'émettre du CO2 on arrête le réchauffement global.

3. Lien entre température et CO2 : l'exemple de la Belgique

Puisqu'un lien entre température globale et taux de CO2 semble établi par le GIEC (point A.2.2 du SPM), voyons ce que cela donne en transposant à la Belgique.

Selon les statistiques de l'OECD et de l'AIE, avec ses 115 Mt de CO2 (en 2017, ici), la Belgique n'est responsable que de 0.27% des émissions anthropiques mondiales de CO2.

Ceci revient à dire que la Belgique ne participera que très peu aux 0,5°C d'augmentation. Peux-t-on calculer la part belge du réchauffement?

Il faut savoir que si l'hypothèse de l'effet de serre est correcte, il est très délicat d'établir un lien entre augmentation de CO2 et température globale.

De plus, comme les températures sont des grandeurs intensives, on ne peut normalement pas additionner des élévations de température pays par pays pour arriver à 0,5 °C. Cela n'a aucun sens physique.

Cependant, bien que cela n'ait aucun sens physique, tentons une approximation pour bien comprendre la faible participation belge à un éventuel réchauffement.

Par exemple, si l'on considère que la variation de température se fait de manière linéaire et proportionnelle au taux de CO2 on pourrait calculer que si l'on ne fait rien, la Belgique serait responsable dans 21 ans d'une augmentation de 0,00135°C, soit un millième de degré(0,5*0,27/100=0,00135).

Vous en conviendrez, ceci serait indétectable par les thermomètres usuels, et tous les efforts consentis par les belges seraient inutiles.

Bien entendu la relation entre taux de CO2 et température moyenne globale, selon l'hypothèse d'un effet de serre radiatif, n'est pas décrite comme linéaire.

Le GIEC utilise par exemple une formule semi-empirique pour lier taux de CO2 atmosphérique au forçage radiatif (ΔF, en W m-2) :

∆F (W m-2) = 5,35 ln C/C0

Cette expression, publiée par Myrhe et al. (1998)[2], est expliquée dans un précédent article publié sur SCE (ici). Dans cette formule 'C' est la concentration du CO2 en ppmv (parties par million en volume) à un moment donné et 'C0' la concentration de référence, par exemple avant le début de l'ère industrielle (278 ppmv).

Elle est obtenue en introduisant des teneurs en CO2 extrapolées jusqu'à 1000 ppmv dans plusieurs modèles climatiques globaux.

Ensuite le problème est d'établir un lien entre le forçage radiatif estimé d'après la formule de Myrhe et al. (1998) et l'augmentation de température qui en résulterait.

A cet effet les climatologues se basent toujours sur la formule de Stefan Boltzmann qui lie la puissance rayonnée par unité de surface F à la température T (en K) à la puissance 4, malgré les problèmes théoriques que cela pose.

Le GIEC introduit ensuite dans les modèles informatiques plusieurs rétroactions positives dont l'importance permet de faire n'importe quelle prévision.

Nous voyons donc que le lien supposé entre taux de CO2 et température globale n'est pas considéré par le GIEC comme simplement linéaire et est d'ailleurs discutable .

Quoi qu'il en soit, l'influence du CO2 belge (0,27% du total) sur une éventuelle élévation de température est absolument négligeable mais difficilement calculable avec les modèles utilisés par le GIEC.

En d'autres mots, si le peuple belge montre l'exemple et que demain il n'émet plus de CO2 alors que le reste du monde continue d'en émettre, la température en 2040 sera quand même 0,5°C plus élevée par rapport à aujourd'hui, du moins si la prévision du GIEC est correcte.

Aucun thermomètre usuel ne pourra mesurer la contribution de la Belgique et aucun être humain sur la planète ne se rendra compte des efforts des belges, si ce n'est le peuple belge lui-même, privé de voitures, sans plus aucune industrie ni plus aucun avion, et devant aller à la rivière pour laver son linge comme on le faisait il y a 200 ans.

4. Conclusions

  • Si l'hypothèse de l'effet de serre radiatif est correcte et que le GIEC a raison, la température globale en 2040 (dans 21 ans) ne sera que de 0,5°C plus élevée par rapport à aujourd'hui.
  • Et si la Belgique ne fait rien, à elle seule elle n'aura fait monter la température que de quelques millièmes de degrés. Le chiffre exact étant inconnu étant donné la complexité de la relation entre taux de CO2 et température globale mais également parce que la température est une variable intensive.
  • Mais quoi qu'il en soit, l'ordre de grandeur est le millième de degrés.

  • Si la Belgique stoppe immédiatement toute activité industrielle et interdit par exmple les voitures et les avions, la température en 2040 sera quand-même plus élevée d'environ 0,5°C.
  • Personne ne se rendra compte des efforts des belges, si ce n'est le peuple belge revenu au temps des cavernes. 
  • Pensez-vous que les autres pays abandonneront leur confort pour suivre le bon exemple de la Belgique? Connaissant la nature humaine on peut parier que non.
  •  Et même si le monde entier suit la Belgique, rappelez-vous que l'effet de serre n'est qu'une hypothèse et que l'on ne parle que de 0,5°C...
  • Cela en vaut-il la peine? N'oubliez pas non plus que les effets d'un léger réchauffement sur la biodiversité ou les évènements climatiques extrêmes sont plus que discutables.
  • Par contre, le taux de CO2 croissant a bel et bien provoqué un verdissement de la planète et une augmentation des productions agricoles .
  • Ces faits bien établis sont toujours passés sous silence par les médias et les catastrophistes qui ne veulent voir le CO2 que comme un poison.

Ne serait-il pas plus opportun de s'occuper des vrais problèmes, comme la pollution des sols, la pollution des océans par les plastiques et rejets de toutes sortes, les gaspillages, la surpopulation, le chômage, les guerres ou l'éducation (particulièrement celle des jeunes qui défilent dans les rues et qui ne connaissent même pas la composition de l'atmosphère, tout comme leur professeur)?

Références:

[1] Global Warming of 1.5°C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5°C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P.R. Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, J.B.R. Matthews, Y. Chen, X. Zhou, M.I. Gomis, E. Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor, and T. Waterfield (eds.)]. World Meteorological Organization, Geneva, Switzerland, 32 pp.

[2] Myhre G, Highwood EJ, Shine KP, Stordal F (1998) New estimates of radiative forcing due to well mixed greenhouse gases. Geophys Res Lett 25(14):2715-2718.